Gilles Veinstein, historien, spécialiste de l’Empire ottoman (il genocidio armeno e la censura)


Gilles Veinstein è stato uno dei più grandi studiosi contemporanei dell’impero ottomano; è morto recentemente, gli è stato dedicato un articolo su Le Monde: non so se nell’edizione cartacea, ma su quell’online sicuramente sì. Il problema è che questo articolo elettronico è stato prima modificato e poi eliminato dal web: c’è chi dice per pressioni da parte della comunità armena, visto che si parla (si parlava?) della caccia alle streghe subita da Veinstein nel 1998 per aver espresso dubbi che quanto accaduto agli armeni nel 1915 possa essere considerato un “genocido” (non “negava” i fatti, esprima dubbi sull’interpretazione da dare a quei fatti) e si attribuisce a quella antipatica stressante esperienza la causa della malattia che lo ha ucciso a 67 anni. Riproduco integralmente l’articolo, comincio a essere disgustato da queste manifestazioni di arroganza e intolleranza.

Gilles Veinstein, historien, spécialiste de l’Empire ottoman
Par Philippe-Jean Catinchi

[NOTA TN : L’auteur de l’article, Philippe-Jean Catinchi, est directeur des Presses Universitaires Lyonnaise (PUL). Agrégé d’histoire, auteur de livres pour la jeunesse et d’un essai sur les polyphonies corses, Philippe-jean est surtout connu pour son travail de critique littéraire au « Monde des livres ».]

Titulaire de la chaire d’”Histoire turque et ottomane” au Collège de France, l’historien Gilles Veinstein est mort à Paris le 5 février à l’âge de 67 ans.

Né à Paris le 18 juillet 1945, Gilles Veinstein grandit dans un milieu cultivé, mais si la passion des arts du spectacle conduit son père à les enseigner à l’université, lui est le prototype du bon élève, tout entier absorbé par les études. Après un parcours secondaire impeccable aux lycées Janson-de-Sailly, puis Louis-le-Grand, il intègre l’Ecole normale supérieure en 1966, avant d’obtenir l’agrégation d’histoire en 1970. Dès 1972, chef de travaux à la 6e section de l’Ecole pratique des hautes études, qui devient en 1975 l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il y prépare une thèse.

En 1977, le voilà maître-assistant à l’EHESS donc, puis maître de conférences, enfin en 1988 directeur d’études au sein de la même institution, sitôt soutenu son doctorat d’Etat (1986). Il ne cesse pas d’y enseigner lorsqu’il est élu au Collège de France en décembre 1998 et ne quitte l’établissement que lorsqu’il met fin à sa carrière d’enseignant.

UNE SEULE PASSION

Un même lieu donc pour une seule passion : l’histoire turque et ottomane. C’est l’orientaliste et soviétologue Alexandre Bennigsen (1913-1988) qui l’encouragea dans cette voie, au sortir de l’agrégation. Veinstein lui consacra de fait tout son engagement de chercheur et d’enseignant.

Dirigeant l’équipe de recherche “Études turques et ottomanes” du CNRS, ainsi que le centre d’Histoire du domaine turc de l’EHESS, il multiplie les lieux d’intervention : codirecteur de Turcica, revue d’études turques, membre du comité de rédaction des Cahiers du monde russe, du Comité des orientalismes du CNRS, du conseil scientifique de l’Institut français d’études anatoliennes (Istanbul) et de l’Institut français d’études sur l’Asie centrale.

Diplômé de l’Ecole nationale des langues orientales vivantes, Veinstein travaille la diplomatique et la paléographie ottomanes, exhumant et dépouillant les correspondances et les fonds d’archives ignorés ou délaissés. A Istanbul, mais aussi en Bulgarie, dans les Balkans, en Grèce, jusqu’à Venise et Rome.

Comme dans la vie quotidienne où il est capable d’accorder une patience et une attention égales à chacun – ce qui en fait un interlocuteur rare – il s’intéresse à tout : les enjeux sociaux et les clivages entre communautés, les aléas du commerce et de la fiscalité, le monde des drogmans, ces interprètes qui établissent le relais entre cultures d’Orient et d’Occident, comme le monde des esclaves, les relations politiques et militaires entre la Sublime Porte et ses voisins chrétiens… sans oublier les rouages politiques de l’Etat dont l’incarnation, le sultan, garant de la stabilité du monde, l’a particulièrement retenu.

Ainsi, en marge de textes édités ou annotés (Le Paradis des infidèles, de Mehmed Efendi, ambassadeur auprès du Régent (éd. Maspero, “La Découverte”, 1981), des travaux de fond (avec Mihnea Berindei, L’Empire ottoman et les Pays roumains, 1544-1545, éd. de l’EHESS, 1987), des contributions à des collectifs mémorables (Histoire de l’Empire ottoman, sous la direction de Robert Mantran, Fayard, 1989), on retiendra le captivant Sérail ébranlé. Essai sur les morts, dépositions et avènements des sultans ottomans (XIVe –XIXe siècles) ,brillante anthropologie politique qu’il cosigne avec Nicolas Vatin (Fayard, 2003).

DISCRÉDIT MÉDIATIQUE

On n’imaginait pas qu’un tel parcours, qu’une œuvre si considérable, soient l’objet d’un discrédit médiatique. C’est cependant ce qui s’est produit lorsque Veinstein fut pressenti en 1998 pour le Collège de France. Exhumant un article paru dans un dossier consacré au “Massacre des Arméniens” en avril 1995 dans la revue L’Histoire, dont il était un collaborateur régulier, d’aucuns s’indignèrent que, sans nier le crime d’Etat de 1915, le savant refuse alors d’employer le terme de “génocide”, tant que la préméditation et la planification des massacres par l’autorité politique ottomane ne sont pas irréfutablement établies.

Sans doute Veinstein paya-t-il là son soutien à l’historien Bernard Lewis qui avait en novembre 1993 évoqué dans Le Monde une “version arménienne” du sanglant épisode… Quoi qu’il en soit, du fait de l’affrontement polémique – et nombre d’historiens de première force, tant orientalistes (Robert Mantran, Louis Bazin, Maxime Rodinson) que pourfendeurs du négationnisme en histoire (Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet), soutinrent publiquement le nouvel élu – le moment de la consécration d’une œuvre considérable fut terni – et l’homme blessé – par le score étriqué de la cooptation (18 oui, 15 non et 2 blancs).

Si Veinstein définit au Collège, comme à l’EHESS, quatre “grands programmes” – langues et cultures des peuples turcophones ; sources et histoire des premiers siècles ottomans (XIVe-XVIIIe s.) ; la fin de l’Empire ottoman ; les fondements du monde turc contemporain –, il poursuit sa réflexion avec la volonté inchangée d’éclairer la complexité des enjeux, des héritages et des événements contemporains. Ainsi avec John Tolan et Henry Laurens, il publie L’Europe et l’islam. Quinze siècles d’histoire chez Odile Jacob en 2009). Mais rien n’y fait.

La blessure de 1998, terrible, ne se referme pas. Déni intellectuel d’une flagrante injustice, le procès médiatique affecte physiquement Veinstein, qui, même lorsque le temps des menaces, des intimidations et du harcèlement s’estompe, reste sur le qui-vive, meurtri par une campagne qui semble ne jamais finir. Pierre Nora (2006) ou Claude Lanzmann (2008) ont beau apporter leur soutien, le savant est miné. La maladie le pousse à la retraite. On en oublierait que ce bon vivant qui aimait échanger les adresses des restaurants qu’il prisait, cet homme de goût qui avait réuni une formidable collection d’objets en lien avec son champ de recherche – et notamment des livres des plus rares – fut un maître tant pour ses étudiants que pour ses pairs, par sa culture, son intelligence aiguë et son incomparable travail de l’archive. Un grand savant en somme.

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3 risposte a Gilles Veinstein, historien, spécialiste de l’Empire ottoman (il genocidio armeno e la censura)

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  2. mirkhond ha detto:

    E’ sempre davvero interessante vedere come un paese che da più di due secoli fa della LIBERTA’ uguaglianza ecc. ecc. la propria bandiera, poi NEL CONCRETO si riveli come una NUOVA INQUISIZIONE altrettanto intollerante (se non peggiore proprio perché non autoriconoscentesi come tale) nel colpire duramente degli studiosi che osino dubitare delle versioni ufficiali di questo o quel genocidio.
    Mentre d’altro canto, creano seri problemi pure ad altri studiosi che invece PROVANO coi loro studi il GENOCIDIO che il governo repubblicano Liberté, Egalité, Fraternité fece nel 1793-1794 contro UNA PARTE DEL PROPRIO STESSO POPOLO!
    Se la Turchia è una dittatura, mi sa che è in buona compagnia nel cuore dell’area EUROipocrita….

  3. Lucia Giannone ha detto:

    Spett.le redazione,
    in occasione del 24 aprile, giornata del ricordo del genocidio armeno, vorremmo segnalare sul vostro sito internet l’uscita del libro curato da Rosetta Bolletti SCRITTURA E MEMORIA (Edizioni Frenis Zero). Il libro raccoglie i contributi presentati all’omonimo convegno svoltosi a Padova nel 2007, organizzato dalla sezione veneta della Società Italiana di Psicoterapia Psicoanalitica (S.I.P.P.), inerenti il libro di Antonia Arslan ‘La masseria delle allodole’. Dopo la presentazione di Marilena Morello e la prefazione della curatrice, Rosetta Bolletti, Antonia Arslan nel suo capitolo illustra come è nato il romanzo ‘La masseria delle allodole’ e quanto sia stato faticoso nella trasmissione trans-generazionale della propria famiglia recuperare la memoria del genocidio armeno. Seguono i capitoli scritti da Janine Altounian, da Silvia Amati Sas, da Pia De Silvestris e da Anna Sabatini Scalmati, ognuno di essi teso a sviluppare un tema del romanzo in un’ottica di riflessione psicoanaltica.
    E’ disponibile anche un breve video di presentazione del libro al link http://www.youtube.com/watch?v=T4wECQI0KWo
    Per info: http://web.tiscali.it/hermann1889/homepage.html

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